Uwishin : shamanisme et transes

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retours de lecteurs sur Uwishin, conte chamanique

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire part de quelques commentaires récents envoyés sur le facebook du livre.
Une lectrice :
Mon frère l’a « kiffé grave » (je cite ses propos) et je vais profiter de mon petit séjour romaine pour le lui chipper et le lire !


Un lecteur :
bah c simple j’ai pas fini les 3 derniers romans que j’avais acheté, et celui la je l’ai lu d’un trait. Bref, je dirai que c’est LE roman qui m’a réconcilié avec la lecture.

Représentations du shamanisme, épisode 2

Voici une nouvelle représentation de chaman : représentation cela dit plus mongole qu’amérindienne.

shaman mongol

shaman mongol

 

Beaucoup plus classique que celle de l’épisode 1 de cette série, plus loin de la magie, on se rend compte de deux points principaux :

 

- les shamans mongols sont proches de l’animal avant tout : ils se déguisent en animal car il incarne leur animal totem. On retrouve aussi cette pratique chez les améridiens, mais les améridiens placent définitivement le règne végétal à un niveau au moins égal au règne animal. On retrouve des plumes, des dents souvent dans l’acoutrement des shamans shuars ou améridiens au sens large, alors qu’on trouve les shamans mongols habillés de peaux de loup. On sait que suivant leur clan (du papillon, de la tortue, les shamans se rapprochent de groupes d’animaux  et peuvent ressentir comme eux voire se transformer en eux). Ici on remarque que c’est un shaman d’origine mongol à cause de ses habits, mais il n’a pas vraiment un « déguisement » d’animal. On est donc très proche d’un shaman améridien.

 

- la percussion : pour l’entrée en transe, tout simplement. Les percussions et les mélodies typiques des shamans chantées aident à vider l’esprit pour le rendre plus fort. Un esprit vide n’est pas un esprit sans rien, au contraire, c’est un esprit prêt à TOUT embracer. La transe commence donc par le vide. Il faut retrouver la candeur, l’instinct, perdre la volonté de réflexion, la volonté acharnée de comprendre. Le symbole de la percussion dans la transe et le shamanisme est donc très fort et une constante, que ce soit à travers un tambourin comme c’est souvent le cas chez les mongols, ou n’importe quel type de percussion.

Ecoutez une séance de transe sous Ayahuasca

Profitons un peu des nouveaux médias pour découvrir de nouveaux horizons avec cet enregistrement venu d’ailleurs : un enregistrement audio d’une véritable transe shamanique d’un uwishin sous ayahuasca !

Transe shamanique sous ayahuasca

L’ayahuasca chapitre 3 (suite directe du 2)

Voici la suite de l’excellent papier de Jean-Patrick Costa, dont voici les références : La transe chamanique et les origines du savoir autochtone / Communication au Colloque France-Culture  » De la transe à l’hypnose  »
Université Libre de Bruxelles, Septembre 2002

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Cette énumération de caractéristiques distinctes montrent à quel point les deux grands règnes vivants ont choisi des voies d’évolution totalement différentes. Si le règne animal a opté pour une évolution génétique trans-générationnelle, le règne végétal a misé sur une évolution tout azimut incluant le trans et l’intra générationnel. La co-évolution élaborée par les orchidées est à cet égard l’exemple le plus marquant : une fleur non seulement émet des exophéromones à plus de cent mètres de distance pour capter l’intérêt des abeilles mâles,
mais elle parvient aussi à les leurrer en reproduisant physiquement les contours d’un hypothétique partenaire, tout ceci pour assurer une reproduction sexué dont le seul avantage est sa dissémination sur de vastes distances… Ainsi l’orchidée utilise-t-elle les abeilles pour voyager !
A partir de cet exemple, il est légitime de se poser la question si les plantes n’utiliseraient pas l’homme pour assurer leur dissémination, même si cela devait être au prix de quelques modifications phytochimiques mineures. Dans un monde qui perdrait toute once d’anthropocentrisme, voici que des plantes produiraient des composés psychotropes à la seul fin d’assurer leur reproduction, alors que
d’autres opteraient pour la production d’amidon aux vertus alimentaires dans le but de coloniser la terre…
Si les plantes tentaient de communiquer avec l’homme, il y a fort à parier qu’elles utiliseraient l’une des spécificités du genre humain, la culture. Dans les sociétés sédentaires agricoles, on peut par exemple s’interroger sur le degré de coopération des plantes dans les phénomènes ayant concourus à leur domestication. En d’autres termes, les céréales ont-elles été transformées de manière passive par les premiers agriculteurs ou bien ont-elles pris une part active à cette évolution ? Ailleurs, on observe que les sociétés semi-nomades ont sacralisé leur source alimentaire sylvestre principale comme le palmier sagoutier, au point d’en assurer une gestion rigoureuse. Qui donc des hommes ou du palmier en tire le meilleur profit ? Enfin, chez les peuples chasseurs-cueilleurs, au demeurant peu transformistes de leur environnement, les plantes psychoactives peuvent être vues comme une réponse adaptative dans un contexte de co-évolution.

 

Merci à Arutam pour le texte.
(c) Arutam
http://www.arutam.fr/Ayahuasca.html

L’ayahuasca, chapitre 2

Suite de l’article 1, toujours du même auteur :
A la lumière de ces quelques phrases, on ne peut être qu’impressionné par le lien fort que les chamans tissent avec les plantes. Tout évoque l’existence d’une communication à double sens. C’est pour mieux appréhender celle-ci que je vous propose de passer en revue les différences majeures qui séparent les règnes végétal et animal :
1. Dans l’évolution, les plantes sont historiquement antérieures aux animaux. On peut parler à certains égards d’une relation mère-enfant.
2. Les plantes sont autotrophes donc autonomes, alors que les animaux dépendent des plantes pour leur survie.
3. De par leur fixité, les plantes n’ont d’autres ressources que de s’adapter au milieu où elle se trouve notamment en consacrant 90 % de leur génome à la synthèse chimique. Les animaux de par leur mobilité ont la capacité de fuir et ont développé un système nerveux central adapté à la fuite.
4. Les plantes ont une longévité bien supérieure aux animaux. Leur taux de mutagénèse est trés élevé alors que chez l’animal, une mutagénèse élevée est létale. Autre particularité du règne végétal, il existe une seule lignée cellulaire indifférencié capable de donner des cellules somatiques ou germinales à tout moment.
5. A la différence des animaux, le règne végétal possède plusieurs voies de reproduction possibles et ne se contente jamais de la voie sexuée : rejet, autogreffe, bouturage, hybridation, fécondation sèche, procréation retardée (graines)…

 

Merci à Arutam pour le texte.
(c) Arutam
http://www.arutam.fr/Ayahuasca.html

L’ayahuasca, chapitre 1

Je commencerai la présentation détaillée et l’étude par ce grand article d’un spécialiste :

Ce breuvage traditionnellement utilisé par toutes les ethnies d’Haute-Amazonie est issu de la décoction prolongée de deux plantes différentes : la liane de Banisteriopsis caapi et les feuilles de l’arbuste Psychotria viridis. Le mélange de couleur marron et fortement amer contient de nombreux alcaloïdes psychotropes qui agissent de manière synergique et dont les plus importants sont la diméthyltriptamine (DMT) et des composés de la famille des béta-carbolines tels que l’harmine et la tetrahydroharmine (THH). Les scientifiques continuent de s’interroger comment des Indiens sans écriture, ni techniques d’investigation formelle, par ailleurs immergés dans une extrême biodiversité, ont pu trouver une telle préparation, car il semble bien que l’association savante de ces deux plantes soit nécessaire, l’une potentialisant l’autre. C’est justement tout l’objet de notre exposé que de tenter de formuler des pistes de compréhension de ce qu’est l’intuition inventive des peuples premiers. A ce stade de la présentation, contentons-nous d’observer que presque tous les peuples dits primitifs ont recherché et trouvé le moyen d’extraire des composés psychotropes de leur environnement végétal. Mais revenons aux effets pharmacocliniques de ces composés.
L’harmine et la THH sont des inhibiteurs sélectifs de la mono-amine-oxydase cérébrale (IMAO) et à ce titre, de puissants antidépresseurs. Associées à la DMT, un analogue de la sérotonine inactif par voie orale, elles empêchent sa dégradation digestive et
favorisent ainsi son absorption ce qui conduit de manière conjointe à multiplier par deux, le taux de sérotonine cérébrale circulante, principal neurotransmetteur du cerveau, pendant une durée de quelques heures. L’effet clinique corollaire à cette importante hausse de
sérotonine a été fort maladroitement qualifié d’hallucinatoire. L’ayahuasca générerait des visions imaginaires sans rapport avec la réalité.
Or ce n’est pas du tout le point de vue des utilisateurs traditionnels de l’ayahuasca dont la conception de la réalité et de l’illusion est fort différente de la nôtre. Pour eux, l’ayahuasca leur ouvre des portes d’une réalité  » plus solide  » ou  » plus complète  » que celle que nous laisse entrevoir nos sens à l’ordinaire. De fait, tous les Occidentaux qui ont expérimenté ce breuvage vous diront avoir ressenti  » des
modifications de la conscience de soi et une transformation des rapports avec le monde « , sentiments fort éloignés d’une confusion mentale à l’égard des personnes, de l’espace ou du temps. C’est cette expérience vécue qui a poussé bon nombre d’auteurs à proscrire les termes  » hallucinogène « ,  » délirogène  » ou même  » psychédélique  » pour leur préférer  » enthéogène  » (générateur d’un sentiment divin à l’intérieur de soi),  » adaptogène  » (favorisant l’adaptation à l’environnement) ou encore  » empathogène  » (améliorant le contact avec les autres). La bataille des mots est loin d’être innocente. Car ceux qui rejettent ces nouvelles terminologies sont précisément ceux qui se refusent à expérimenter sur eux-mêmes un tel état…
Quel est donc ce fameux état que nous venons de décrire en terme de modifications neurobiologiques ? Il est commun de l’appeler transe, mais l’on pourrait tout aussi bien parler d’état second ou même d’état modifié de conscience (EMC). Des phases d’hyperexcitation et de catalepsie extatique se succèdent dans des proportions variables d’un sujet à l’autre. Les sens se trouvent décuplés. Le cours de la pensée semble accélérée, le sujet est  » ailleurs « . Ces changements tant perceptuels qu’émotionnels conduisent la psyché à construire des significations nouvelles de la réalité. C’est là que l’on peut parler de  » visions  » comme étant le résultat d’une réinterprétation de la réalité lorsque les cadres psychiques ordinaires sont relativisés , voire même abolis. La transe vécue comme une expérience hors de soi (OBE) conduit à sentir le monde différemment, un peu comme si notre réceptivité s’en trouvait modifiée. Les chamans amérindiens en parlent avec leurs mots :

 » Pour comprendre (le monde), il faut prendre la Grand-Mère Ayahuasca  »
 » Elle est une plante enseignante, intelligente, maîtresse  »
« Elle travaille en moi. Tout ce que je dis vient de la plante. C’est elle qui me l’a appris  »
 » Elle permet de voir le corps en transparence et de localiser le siège de la maladie  »
 » Elle fait venir à moi les plantes qui conviennent à mon patient  »

 

 

Merci à Arutam pour le texte.
(c) Arutam
http://www.arutam.fr/Ayahuasca.html

 

mai 2012
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