Uwishin : shamanisme et transes

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Chamanisme shuar, 1ère partie

Voici le premier bout d’un des plus magnifiques articles écrit sur le chamanisme shuar et ses origines, sa mythologie et ses évolutions.

ETUDE DE LA THEORIE DU DESORDRE ET DES DETERMINANTS THERAPEUTIQUES DANS LE CHAMANISME SHUAR

Avant la conquête espagnole, les Shuars vivaient en habitat isolé et les relations sociales étaient restreintes au minimum entre quelques familles alliées pour un temps seulement. Ils chassaient et chaque famille effectuait une activité agricole pour pouvoir vivre en autosubsistance. Il n’y avait donc aucune organisation politique, mais les hommes pouvaient acquérir du prestige et de l’autorité en devenant Kakaram : puissant, parce que tueur émérite. En effet, le nombre de meurtres et de participations à une vendetta accroît la puissance car elle permet l’acquisition de nouvelles âmes Arutam.
Arutam est le nom que les Shuars donnent à tous les esprits protecteurs. Il peut aussi faire référence à des divinités tel le soleil (Etsa), divinité de la vie et de la mort (Ayumpuùn), des jardins (Nunki), et se présenter aux hommes sous des formes variées : les tigres et les aigles pour le soleil ; la foudre, le tremblement de terre, les vautours pour Ayumpuùn ; et les animaux qui creusent pour Nunki. En effet, les Jivaros croient que les

Couple Shuar

Couple Shuar

éléments qui déterminent vraiment la vie et la mort, sont des forces cachées qu’on ne peut voir qu’avec l’aide des hallucinogènes et le seul moyen de connaître la vérité sur les causes premières est d’entrer dans le monde surnaturel. C’est pourquoi chaque enfant, quelques jours après sa naissance, prendra la plante hallucinogène pour voir le vrai monde, et quelques années plus tard, acquérir une âme Arutam. Car parmi les trois sortes d’âmes que possèdent les Shuars, cette dernière, la plus importante puisqu’elle protège de la mort violente et des ensorcellements ou empoisonnements, se trouve lors d’un pèlerinage à la cascade sacrée. Ainsi, il est dit que sous le puits profond creusé par les grandes cascades des rivières, se trouve la porte d’entrée de la maison d’Arutam. Frapper avec un bâton, c’est comme appeler à sa porte ; et de la matrice de la cascade, comme de l’eau qui jaillit de la femme avant l’accouchement, arrive une nouvelle vie, un vieil esprit glorieux, esprit protecteur qui vient habiter le corps de l’aspirant et lui donner force et courage. Ces esprits protecteurs peuvent se présenter et se montrer sous des formes très distinctes (souvent animales), chaque fois qu’une aide spéciale est nécessaire. Ce sont les mythes qui enseignent comment rencontrer Arutam pour se libérer des esprits mauvais et devenir fort ; ainsi, il est indispensable de jeûner pour gagner la compassion d’Arutam, de prendre du jus de tabac, une plante hallucinogène, puis d’attendre et invoquer l’esprit protecteur en frappant près de la cascade avec son bâton :  » Tac, tac, tac j’arrive, viens m’arranger, me renforcer, tac, tac, tac, viens me laver, me nettoyer, me purifier, viens me raccommoder, me guérir « .
D’autres rites, permettant de rencontrer Arutam, peuvent se dérouler dans un endroit isolé de la forêt, ou au bord d’un grand fleuve. Mais chacun se termine par l’incorporation de la force et de l’âme Arutam ; or cette âme donne le désir ardent de tuer et c’est tout naturellement que le nouveau possesseur rejoindra rapidement une expédition vers les territoires de familles ennemies. Avant le meurtre, chacun des participants nomme, devant le groupe, l’esprit rencontré lors de la transe ; et le fait de dévoiler sa vision fait partir
cette âme Arutam mais pas sa puissance. Après l’expédition, les participants devront donc se mettre en quête d’une nouvelle âme Arutam pour conserver la puissance de la précédente et obtenir une nouvelle protection contre la vendetta qui ne manquera pas de se préparer dans le camp attaqué. Il est ainsi possible de cumuler la force des âmes incorporées successivement ; chaque retour d’expédition meurtrière impliquant une nouvelle recherche d’Arutam, puisqu’il est impossible de vivre longtemps sans le support de ces esprits. Comme l’ennemi fraîchement tué produit également une âme vengeresse, il faut absolument maintenir cette dernière prisonnière dans le crâne de son propriétaire, grâce à un rituel effectué très rapidement. C’est pourquoi les Indiens Jivaros sont connus comme les
fameux réducteurs de tête.

 

Origine et copiright :

(c) Decker – Arutam
Association Arutam : http://arutam.free.fr

Percussion d’un chaman

Je viens de voir cette vidéo de percussions shamaniques que j’ai trouvé très sympa et en relation avec le livre Uwishin niveau musicalité des shamans.

Ecoutez une séance de transe sous Ayahuasca

Profitons un peu des nouveaux médias pour découvrir de nouveaux horizons avec cet enregistrement venu d’ailleurs : un enregistrement audio d’une véritable transe shamanique d’un uwishin sous ayahuasca !

Transe shamanique sous ayahuasca

Shamanisme Shuar (chamanisme améridien)

Nous avons remarqué combien les mythes et les messages qu’ils contiennent sont les fondements et la trame de tous les événements importants de la vie des indiens shuars. Ils sont le modèle à partir duquel s’élaborent les rites qui ponctuent leur vie sociale, puisque cette dernière inclut dans son champ d’action les êtres humains et les esprits, le visible et l’invisible. Et les moyens de prendre contact avec ces derniers, les règles nécessaires à l’obtention de cette rencontre et leurs conséquences sont explicités clairement dans toute la mythologie. Le chaman, comme les autres, les exprime, les actualise à travers son initiation et le déroulement précis des rites de guérison, comme autant de mode d’emploi, de recettes appliquées avec méthode. Ainsi, sa pratique est normalement le reflet de celle de Tsunki, le premier chaman, celui qui à l’origine, enseigna aux jivaros à se servir des esprits-serviteurs, forces surnaturelles principales utilisées par le guérisseur dans la pratique de sa fonction.
En effet, Tsunki, divinité de l’eau, fait lui-même partie des esprits protecteurs et apparaît dans les visions de ceux qui recherchent la guérison et la fécondité.Il vit dans une maison sous l’eau, dont les murs sont fait d’anacondas se tenant à la verticale comme des fûts de palmier ; il se sert d’une tortue comme tabouret , on le décrit comme un homme à la peau blanche, aux cheveux longs mais il est aussi capable de se transformer en anaconda. La mythologie explique aussi que celui qui obtient la protection de Tsunki se transforme en un familier de cet esprit et peut s’identifier à lui c’est à dire guérir les maladies de la même manière que la sienne.
Mais chez les Shuars, le mot chaman ne représente rien. Ils utilisent le terme  » uwishin tsuakratin  » : guérisseur qui a appris lors de son initiation à retirer du corps du malade des flèches maléfiques envoyées par un uwishin wawékratin, terme que les missionnaires ont traduit par sorcier et que les chamans que j’ai rencontré nomment  » mauvais  » ou  » mauvais uwishin « . Actuellement, le Conseil des Sages de la Médecine Traditionnelle Shuar définit l’Uwishin comme un  » harmonisateur « , « celui qui harmonise les hommes et le cosmos « .
Les chamans possèdent des flèches magiques ou tsentsak qui sont, en fait, des esprits, visibles seulement lors de la transe, après ingestion de l’hallucinogène. Ces esprits ont chacun une forme zoomorphique bien particulière (papillon géant, jaguar, singe) et fournissent au thérapeute une assistance active. Le chaman, gardien des flèches magiques, les conserve dans son estomac, dans une bave ou un flegme, c’est à dire une substance brillante. Chaque sorte de tsentsak ou esprit serviteur nage dans sa propre bave ou matrice personnelle que le chaman obtient lors de son initiation. Ce dernier ne pourra enlever une flèche du corps d’un malade que s’il possède la flèche homonyme, analogue, donc la bave ou matrice correspondante. Les flèches conservées dans son estomac l’appellent  » Père  » ; elles sont rendues amoureuses par son chant et accomplissent alors leur mission d’aide en lui permettant de décoller celle
introduite dans le malade par un chaman ennemi, et à l’origine de la maladie.Tsunki a donné les flèches pour guérir mais les sorciers les
utilisent pour faire le mal, trahissant leur mission. C’est pourquoi les chamans qui veulent être de bons chamans, des guérisseurs,
doivent être attentifs à ne pas laisser échapper leurs flèches car elles peuvent blesser toute personne qui ne possèdent pas la  » bave
correspondante « , mais personne ne peut ensorceler Tsunki parce qu’il possède toutes les baves correspondantes.

 

février 2012
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